La famille est une constante essentielle à la vie des Indiens. Elle est la base de tout réseau social. Un problème avec un membre de la famille entraîne souvent une réaction de rejet par le groupe et une auto surveillance s’opère en Inde dans les villages, mais aussi dans les villes avec les coopératives immobilières.

La grande famille reste encore la règle générale dans les villages, même si le nombre de ses membres tend à se réduire. Elle peut comprendre une quinzaine de personnes réunissant autour du chef de famille, normalement l’homme le plus âgé dans la descendance masculine, les grands-parents, les nombreux enfants et petits-enfants, parfois aussi les oncles, tantes, neveux et nièces. Elle se continue par les mâles et s’augmente des épouses qui rejoignent le domicile de leur mari pour y assurer sa descendance et y assumer le rôle qui leur revient sous l’autorité de leurs nouveaux parents.

La famille est d’abord une cellule économique homogène où les revenus et les dépenses sont collectivisés sous l’autorité du chef de famille qui reste libre d’en personnaliser une partie. Elle constitue de ce fait un centre familial de protection sociale contre la maladie, le chômage ou la vieillesse. Elle est un centre d’accueil naturel pour les enfants et les petits-enfants et le lieu privilégié de toute affectivité et de toute rencontre. La famille peut être une maisonnée en s’étendant aux domestiques qui peuvent en faire partie, même dans les milieux relativement modestes.

Cette grande famille est cependant en train de s’effriter. L’industrialisation et l’urbanisation, le développement économique dans son ensemble et l’espoir de trouver ailleurs de meilleures conditions d’existence ont séparé les enfants des parents. L’installation en ville s’est faite dans des conditions d’espace réduites qui n’ont pas permis de reconstituer le foyer éparpillé. Les épouses ont moins bien supporté l’autorité des belles-mères et sont parties entraînant leurs maris ; les difficultés sont devenues très grandes de faire cohabiter sous un même toit des générations que non seulement le temps séparait, mais aussi la civilisation dans sa précipitation soudaine. La famille s’est ainsi reconstituée ailleurs, souvent en ville, où elle ne rassemble plus bientôt que deux générations, et pour un temps seulement.

Dans les villes en effet, les couples indiens n’ont plus que un ou deux enfants. Avorter pour avoir un garçon et pas une fille reste une pratique courante en ville et même fréquente dans les campagnes puisqu’un garçon peut travailler mieux et plus tôt et qu’une fille coûte cher du fait de sa dot à son mariage.